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J'ai supprimé le gluten et le lactose… et je vais toujours mal : pourquoi ?

stessiefoucartdiet
30 sept.
5 min de lecture

« J'ai lu que le gluten et le lactose n'étaient pas bons, alors j'ai essayé de les enlever pour voir. »


C'est une phrase que j'entends très souvent en consultation. Que ce soit pour des ballonnements après les repas, des douleurs digestives, un SOPK, une endométriose ou des troubles de la thyroïde, le gluten et le lactose sont presque toujours les premiers suspects.

Et pourtant, beaucoup de patientes arrivent en me disant qu'elles ont tout supprimé… et qu'elles vont toujours mal.


Régime sans gluten et sans lactose sans amélioration des troubles digestifs, accompagnement par une diététicienne

Pourquoi le gluten et le lactose sont-ils si souvent accusés ?


En cas de troubles digestifs, on pense tout de suite à une intolérance. En cas de troubles hormonaux, on entend souvent que ces aliments seraient « inflammatoires » et entretiendraient les symptômes.


Les supprimer paraît simple, concret, et donne l'impression d'agir. Mais c'est souvent une conclusion trop rapide. Chaque personne est différente, et ce qui soulage l'une n'aura aucun effet chez l'autre.


Ce que dit vraiment la science


La maladie cœliaque existe, et elle doit être dépistée avant tout. Cette maladie cœliaque, une maladie auto-immune, touche environ 1 % de la population et impose une éviction stricte du gluten. Les tests ne sont fiables que si vous mangez encore du gluten, donc parlez-en à votre médecin avant de l'arrêter.


Le coupable n'est pas toujours le gluten. Le blé contient aussi des fructanes, des sucres fermentescibles qui font partie des FODMAPs. En 2018, une étude publiée dans la revue Gastroenterology a testé en aveugle des personnes se disant sensibles au gluten : ce sont les fructanes, et non le gluten, qui déclenchaient leurs ballonnements et leurs douleurs (Skodje et al., 2018). Une étude précédente allait dans le même sens (Biesiekierski et al., 2013).


On accuse donc le gluten, alors que c'est souvent un autre composant du même aliment qui pose problème. Or les fructanes se trouvent aussi dans l'oignon, l'ail et certains fruits et légumes. C'est pour cela que supprimer le gluten ne soulage souvent qu'en partie.


La tolérance au lactose varie d'une personne à l'autre. Pour digérer le lactose, notre intestin produit une enzyme, la lactase. Chez beaucoup d'adultes, sa production diminue naturellement avec l'âge, c'est ce qu'on appelle l'hypolactasie. Elle peut aussi être temporaire, après une gastro-entérite ou en cas de maladie qui abîme la paroi de l'intestin.


Mais un déficit en lactase ne signifie pas qu'il faut supprimer tout produit laitier. La tolérance dépend de la dose : la plupart des personnes concernées supportent environ 12 g de lactose par jour, soit l'équivalent d'un verre de lait, surtout s'il est pris au cours d'un repas (Shaukat et al., 2010). Et de nombreux produits laitiers en contiennent très peu, comme les fromages affinés ou certains yaourts.


« Inflammatoire » ne veut pas dire « à supprimer ». Dans la population générale, les essais cliniques ne montrent pas que les produits laitiers augmentent l'inflammation (Bordoni et al., 2017).


Pour le gluten dans les troubles hormonaux (SOPK, endométriose, thyroïdite de Hashimoto), quelques études existent, mais elles sont petites et de faible niveau de preuve. À ce jour, il n'existe pas de preuve solide qu'un régime sans gluten améliore ces pathologies en l'absence de maladie cœliaque. Certaines personnes peuvent en tirer un bénéfice, d'autres non, et c'est justement ce qu'il faut évaluer au cas par cas.


Il y a une exception importante : la maladie cœliaque est plus fréquente chez les personnes atteintes d'une maladie auto-immune de la thyroïde, comme la thyroïdite de Hashimoto (Roy et al., 2016). Chez elles, un dépistage est pertinent, toujours avant de supprimer le gluten.


Le vrai sujet : la variété et l'équilibre


Bien souvent, le problème n'est pas un aliment en particulier. C'est une alimentation trop centrée sur quelques aliments, au détriment du reste. Varier son alimentation, manger de tout en quantités raisonnables, prendre le temps de ses repas : ce sont des bases moins spectaculaires qu'une éviction, mais souvent bien plus efficaces.


Les symptômes digestifs dépendent aussi du stress, du rythme des repas et de la sensibilité de l'intestin, notamment dans le syndrome de l'intestin irritable.


Quand une restriction a du sens


Supprimer un aliment peut être utile, mais dans un cadre précis : un protocole court, encadré et suivi d'une réintroduction progressive. Par exemple, une alimentation pauvre en FODMAPs, pendant quelques semaines, permet d'identifier ce qui vous gêne vraiment et à partir de quelle quantité.


Supprimer « pour voir », sans symptôme clairement lié et sans limite dans le temps, n'a en général pas d'intérêt.


Le risque de supprimer sans accompagnement


En cas de troubles digestifs, l'alimentation est souvent déjà restreinte, parce que certains aliments passent mal. Ajouter le gluten et le lactose à la liste, c'est :

  • réduire encore la variété, avec moins de fibres, de calcium et de vitamines

  • remplacer par des produits sans gluten souvent plus transformés

  • transformer les repas en source d'inquiétude

  • et surtout, ne toujours pas savoir ce qui cause vos symptômes.


Quand consulter votre médecin sans attendre


Si vous remarquez une perte de poids involontaire, du sang dans les selles, des symptômes qui vous réveillent la nuit, de la fièvre ou des troubles apparus après 50 ans, consultez votre médecin avant tout changement alimentaire.


Ce que j'aimerais que vous reteniez


Le gluten et le lactose ne sont ni bons ni mauvais pour tout le monde. Ce qui compte, c'est vous : vos symptômes, votre histoire, votre alimentation. Si vous avez tout supprimé et que vous allez toujours mal, ce n'est pas un échec. C'est le signe qu'il faut une approche au cas par cas plutôt qu'une règle générale.


Vos questions fréquentes


Comment savoir si je suis intolérant(e) au gluten ?

La maladie cœliaque se dépiste par une prise de sang prescrite par votre médecin, à faire pendant que vous mangez encore du gluten. Le diagnostic est ensuite confirmé par une biopsie. Il n'existe pas de test fiable pour la sensibilité au gluten non cœliaque, et les tests d'intolérance alimentaire vendus en ligne (dosage des IgG) ne sont pas validés scientifiquement.


Un régime sans gluten et sans lactose a-t-il des bienfaits ? Fait-il maigrir ?

Sans maladie cœliaque ni intolérance avérée, aucun bénéfice n'a été démontré. Il ne fait pas maigrir en lui-même. Quand une perte de poids survient, elle vient surtout du fait qu'on mange moins de produits transformés.


Peut-on devenir intolérant au lactose en vieillissant ?

Oui. Chez beaucoup de personnes, la production de lactase diminue progressivement après l'enfance : c'est l'hypolactasie. Cela ne veut pas dire qu'il faut arrêter tous les produits laitiers.


Quels fromages manger en cas d'intolérance au lactose ?

Les fromages affinés à pâte dure ou pressée, comme le comté, l'emmental ou le parmesan, ne contiennent pratiquement plus de lactose.


Pourquoi ai-je des ballonnements après les repas ?

Les causes sont nombreuses : aliments riches en FODMAPs, repas pris trop vite, stress, sensibilité intestinale… Identifier la vôtre est la première étape pour être soulagé(e). Découvrez comment je prends en charge les troubles digestifs.


Besoin d'un accompagnement personnalisé ?


Je vous accompagne dans vos troubles digestifs, vos intolérances alimentaires et vos troubles hormonaux, de façon personnalisée, bienveillante et sans culpabilisation, au cabinet à Marcq-en-Barœul ou en téléconsultation partout en France.



Sources

  • Skodje GI et al. Fructan, rather than gluten, induces symptoms in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity. Gastroenterology, 2018.

  • Biesiekierski JR et al. No effects of gluten in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed, short-chain carbohydrates. Gastroenterology, 2013.

  • Shaukat A et al. Systematic review: effective management strategies for lactose intolerance. Annals of Internal Medicine, 2010.

  • Bordoni A et al. Dairy products and inflammation: a review of the clinical evidence. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2017.

  • Roy A et al. Prevalence of celiac disease in patients with autoimmune thyroid disease: a meta-analysis. Thyroid, 2016.

 
 
 

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PROFESSIONNEL DE SANTÉ
Stessie Foucart - Diététicienne nutritionniste spécialisée dans les troubles digestifs.

Enregistrée à l'ARS de Vienne.

Identifiant RPPS : 10007001570.

Membre de l'AFDN - Association Française
des Diététiciens Nutritionnistes.
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